Christophe Looten Compositeur Paris

Sind Blitze sind Donner

Cette œuvre orchestrale puissante s’inscrit dans une réflexion profonde sur la fin des temps et la responsabilité humaine face à la Création. Commande de “Musique nouvelle en liberté”, Sind Blitze sind Donner a été créé le 8 septembre 2005 par l’Orchestre National de Lille dirigé par Jérémie Rhorer

Origine et Signification du Titre

Le titre est emprunté aux premiers mots d’un chœur de la Passion selon Saint Matthieu de J.S. Bach.

 

  • Contexte chez Bach : Ce passage intervient au moment de l’arrestation du Christ et évoque la fureur des éléments (éclairs, tonnerre) face à la trahison.
  • Vision de Christophe Looten : Le compositeur propose une vision plus sombre que celle de Bach. Bien qu’il cite trois versets du choral original (“Oh, Homme pleure sur tes lourds péchés”), il interrompt brutalement le troisième par un retour d’une violence « diabolique ».
    +1

Thématique : La Fin d'un Monde

L’œuvre est la quatrième pièce d’une série consacrée au thème de la mort:


1.Addio (mort de l’art).
2.Threni (mort de l’innocence).
3.Stabat Mater (mort de Dieu).
4.Sind Blitze, sind Donner (mort du monde/fin du monde).


La pièce dénonce explicitement la destruction de la terre par l’homme et l’éloignement de Dieu. Elle fait écho aux catastrophes naturelles contemporaines (tsunamis, éruptions) pour souligner un sentiment de terreur et de fracas.

Structure et Composition

  • Rythme de base : L’œuvre est construite sur un rythme « long-court » inspiré par les mots Audi tellus (« Écoute, terre »). Ce motif évolue pour devenir une injonction : « Écoutez tous ! »
  • Atmosphère : La pièce débute dans la peur et s’achève dans une « grande clameur » après avoir traversé un « vacarme infernal ».
  • Instrumentation : Un orchestre imposant comprenant 3 flûtes, 3 hautbois, 3 clarinettes, 3 bassons, 4 cors, 4 trompettes, 3 trombones, 1 tuba, timbales, percussions et cordes.

Le Texte Inspirateur : L'Apocalypse

La construction de la pièce est étroitement liée à un montage de textes tirés de l’Apocalypse de Saint Jean (chapitres VII à XVI). Le texte évoque les sept anges et leurs trompettes annonçant des fléaux dévastateurs.

 

  • Le feu et le sang : Jetés sur la terre.
  • L’étoile « Absinthe » : Qui empoisonne le tiers des eaux.
  • Les sauterelles du gouffre : Sortant de la fumée pour tourmenter les hommes.
  • Le jugement final : Le temps est venu d’exterminer ceux qui détruisent la terre.


« Écoute terre ! Écoute mer ! […] Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre ! ».

Voici le texte qui a inspiré le compositeur :

Audi tellus !
Audi magni maris limbus !
Ecoute terre !
Ecoute mer !
Vidi septem angeli qui habebant septem tubas paraverunt se ut tuba canerent
Je vis sept anges qui avaient les sept trompettes se préparèrent à en sonner.
Et primus tuba cecinit et facta est grando et ignis mixta in sanguine et missum est in terram
Le premier sonna de la trompette. Et il y eut de la grêle et du feu mêlés de sang, qui furent jetés sur la terre.
Vae !
Malheur !
Et secundus angelus tuba cecinit
Le second ange sonna de la trompette.
et tamquam mons magnus igne ardens missus est in mare et facta est tertia pars maris sanguis
Et quelque chose comme une grande montagne embrasée par le feu fut jeté dans la mer; et le tiers de la mer devint du sang.
Vae ! Timete Deum !
Malheur ! Craignez Dieu !
Tertius angelus tuba cecinit
Cecidit de caelo stella magna ardens
tamquam facula et cecidit in tertiam partem fluminum et in fontes aquarum
Il tomba du ciel une grande étoile ardente
comme un flambeau; elle tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources des eaux.
Et nomen stellae dicitur Absinthius et facta est tertia pars aquarum in absinthium
et multi hominum mortui sunt de aquis quia amarae factae sunt
Le nom de cette étoile est Absinthe; et le tiers des eaux fut changé en absinthe
et beaucoup d’hommes moururent par les eaux, parce qu’elles étaient devenues amères.

Vae !
Malheur !
Quartus angelus tuba cecinit
Le quatrième ange sonna de la trompette
Et diei non luceretpars tertiaet nox similiter
Le jour perdit un tiers de sa clarté, et la nuit de même.
Vidi et audivi vocem unius aquilae volantis per medium caelum dicentis voce magna vae vae vae habitantibus in terra
Je regardai, et j’entendis un aigle qui volait au milieu du ciel, disant d’une voix forte Malheur, malheur, malheur aux habitants de la terre
Et de fumo exierunt lucustae in terram et data est illis potestas sicut habent potestatem scorpiones terrae et praeceptum est illis ne laederent faenum terrae neque omne viride neque omnem arborem nisi tantum homines qui non habent signum Dei in frontibus
De la fumée sortirent des sauterelles qui se répandirent sur la terre, et il leur fut donné un pouvoir comme celui qu’ont les scorpions de la terre. Il leur fut dit de ne pas faire de mal à l’herbe de la terre, ni à aucune verdure, ni à aucun arbre, mais seulement aux hommes qui n’avaient pas le sceau de Dieu sur le front.
Et tertia pars hominum occisa est de igne te fumo
Et le tiers des hommes fut tué par le feu et la fumée
Vae !
Malheur !
Et advenit tempus exterminandi eos qui corruperunt terram et facta sunt fulgora et voces et terraemotus et grando magna
Le temps est venu d’exterminer ceux qui détruisent la terre et il y eut des éclairs, des voix, des tonnerres, un tremblement de terre, et une forte grêle.
Audi !
Ecoute !
Audite omnes !
Ecoutez tous !
Ex Libri Apocalypsis : VII, 6 – XVI, 18
Apocalypse de Saint Jean
, VII, 6 – XVI,18

Écoutez tous !